Le mendiant de l'impossible Saisons de Pothos Voyage sans escale Villes bâties par le vent Polyphème aux troupeaux de songes Jeux en liberté fragile Les gares de la haute mer Odeur de nuits d'algues
La plaine des songes Rive aux attentes L'infini ne sait plus où aller Fleuves A la lisière de l'autre Rets aux nuages Vanner le sable et le vent
Madadayo
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Fleuves

Si tu reviens d'un
long voyage

Il neige dans la
cour intérieure

J'ai vu le vent
courir dans
les roseaux
du fleuve

Le Vent Viendra
Branche cassée
Le voilier du matin
Sur la marche la
plus haute

Il y avait pluie de
faucons et lunes
d'été

J'ai reconnu ton
silence

Tu es parti
le dernier

L'amour n'a pas
entendu

Un samedi soir à la
porte de l'arénas

La main des pluies
attendues

Les hennas de
l'époux promis

Traversée
Moularés
Sur la route du Sud
Migration
L'écluse
La forêt dans
le jardin

Le chemin que j'ai
pris hier soir

L'arbre aux
drapeaux

Le vin d'Anacréon
L'appel des hérons
et des foulques

Les yeux du silence
Ecouter


IL Y AVAIT PLUIE DE FAUCONS ET LUNES D'ÉTÉ
(SOUS LES PAUPIÈRES DU BOUDDHA À POLONNARUWA)

à Chantal Denivry

Il y avait pluie de faucons et lunes d'été
Sur l'arbre de Siddharta
Au vert immobile
Aux nuits sans rosée.
Le vent était absent.
J'ai demandé au jour de laisser sa porte ouverte.
Vieilli
Vêtu de safran
Il était en prière
Devant la Dormition
Qui... veillait
Hors du désir avec le temps.
Sur les lèvres de l'Eveillé
S'endormaient la caresse du soir
Les syllabes du silence
Le sourire d'un enfant. 
Sa bure 
Ses pieds joints
Couleur de poussière 
Couraient-ils encore sur le chemin de l'Instant?
Rien n'est permanent.
Peut-être la beauté
L'enfance
Ces ponts où l'on traverse le fini
Le temps?

Avec les rizières déjà mûres
Et le chant des moissons

Qui s'élève
S'étire
Delà le couchant 
Avec le bétail assoupi
Qui compte les heures 
Jusqu'au soir 
Sous les banians
Avec les frissons du désir 
Envol de collines
De hérons blancs
J'ai traversé la douceur du visage
Et pénétré sous les paupières du Dormant.
Tout était silence
Regard sur soi 
Plénitude de vide 
Vide de plénitude 
Immanence du Néant 
Nirvana sans l'autre 
Etendue sans vie 
Sans mort 
Qui ne connaît plus le plaisir 
Ni les chemins du tourment 
Où le bonheur d'aimer 
N'est plus aimé 
Même pas un instant.


Je me suis assis dans ses pupilles
Et j'en ai fait les pâturages du vent
Du désir qui court
Et... attend.
J'ai brisé les remblais des lacs antiques
Et les sceaux du Néant.
L'orage a refleuri sur les eaux du voyage
Avec les voiles de l'inconnu
Et les cris des cormorans.

Il s'en est allé vers ces lointains remplis de songes
Où l'amour est appel
Et le désir réponse.
J'ai remonté les éclairs
Et suivi les nuages
A la recherche des saisons
Prisonnières des sérénités immobiles
A la douceur sans surprises
Où le jour se meurt
Sans un souffle de vent
Toujours à la même heure.
J'ai franchi la pierre de lune
Le seuil de la sagesse inutile
La porte du Vide
Et me suis mis à courir dans les rizières 
Où le plaisir plantait des lingas
Des temples bleus sur les collines
Radeaux de l'amour
Pour le soleil en prière.
Avec le vent j'ai suspendu aux arbres le nouveau printemps
Fruit mûr d'oiseaux
D'épices
Et dagobas blancs
Toujours enceints de l'île Resplendissante
Qui n'en finit pas de crier son désir
Et jaillir de l'océan.


Sur le fleuve du temps
Je serai le passeur de l'amour.
Sur l'autre rive
J'en suis sûr
Il y a quelqu'un qui m'attend.

Mai-juin 1996

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