Le mendiant de l'impossible Saisons de Pothos Voyage sans escale Villes bâties par le vent Polyphème aux troupeaux de songes Jeux en liberté fragile Les gares de la haute mer Odeur de nuits d'algues
La plaine des songes Rive aux attentes L'infini ne sait plus où aller Fleuves A la lisière de l'autre Rets aux nuages Vanner le sable et le vent
Madadayo
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L'infini ne sait
plus où aller

Rencontre
Voyage au présent
passé

Y a-t-il un port à
Tozeur

Labyrinthes
Tu ne pourras plus
être absent

Lettre à un ami du
désert

N'aie pas peur du
printemps

De mon regard est
sorti un héron
blanc

Un sourire dans
le jardin

Insoumissions
À l'orée des
enfances perdues

Pourquoi attendre
toujours demain

Départ sans
bagages

Là-bas... pourquoi
autant de sable

Guitare blessée
Résurrection
Espoir seul
Espoir désemparé
Circoncisions
Partir


DÉPART SANS BAGAGES

à Judith et Sarah

    Le soir est calme. L'orage est déjà derrière les instants fanés. Dans les combles apaisés la lucarne veille sur la commode aux sept tiroirs du passé. Son bois est dur et ses serrures bien forgées. L'ont prévue, dessinée ceux qui seront toujours heureux de partager la nuit de leur vérité. Leurs mains habiles y ont rangé ma vie, son devenir et leur fini y a comprimé mon âme, son infini, ses possibles sentiers.
    Demain je voudrais m'en aller.
    J'ouvre les tiroirs. Mes mains et mes bagages sont vides. Que dois-je emporter ?
    Mêlés aux aurores sans regard, trop fardées, j'aperçois une plume de geai bleu, le chant d'une alouette au-dessus d'un champ de blé, un violon suspendu à l'espoir, quelques caresses en attente et le rire des pics-verts après le tumulte inutile des orages d'été.
    Près de l'amour soumis, ses gestes d'ombre, il y a des ailes de libellules vertes, un matin inespéré dans la mosquée de Soliman, un éclat de couchant dans un nid d'hirondelle, la tendresse du vent au fil des saisons, une brassée de dattiers aux désirs inapaisés et quelques lunes prises dans les branches de la voie lactée.
    Avec les sabots de mes hivers et les mots qu'il ne faut pas dire, je découvre des tessons de songes, un morceau de midi couleur de silence, les appels éperdus du désert qui ne veut pas être seul, quelques pages de plaisirs imaginés, les senteurs d'un ailleurs jamais trouvé et la cage aux cailles où l'enfance a été contrainte de s'oublier.
    Mais... demain je m'en irai, vers un amour tout neuf, sans serrures, sans clés, avec le bagage ouvert de ma vie, sans tiroirs, sans rien emporter.

Avril 1994

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