Le mendiant de l'impossible Saisons de Pothos Voyage sans escale Villes bâties par le vent Polyphème aux troupeaux de songes Jeux en liberté fragile Les gares de la haute mer Odeur de nuits d'algues
La plaine des songes Rive aux attentes L'infini ne sait plus où aller Fleuves A la lisière de l'autre Rets aux nuages Vanner le sable et le vent
Madadayo
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La plaine des
songes

Le voyage a été
long

Delà le mur de
l'ombre

L'enfant est parti
Sur les fils
du désir

Sur le trottoir
aux silences

Au fond de la nuit
Sous l'arbre
du couchant

A la fenêtre
du soir

Sur la grève aux
papillons

A Francesca
Hors du songe
de l'enfance

Derrière la ligne
brisée

Dans la vigne
effeuillée

Ulysse
Aux branches
des oliviers

La porte est
entrouverte

Revenir le soir
S'en aller
Aux portes de
l'éphémère


SUR LES FILS DU DÉSIR

Sur les fils du désir qui courent dans la plaine
où passent éperdus les cris d'espoirs en attente,
tu as dit ce matin à l'horizon qui m'éclaire

" L'aube s'est voilée de feuilles mortes et d'absence,
les rosées de mes soifs brûlent fanées sur mes lèvres,
les vins précieux de la nuit sont amers sur mes hanches
et le désert charrie du sable dans mes veines...
Cherche vite les lampes-miroirs des certitudes
où l'amour s'enivre de lucioles et d'eaux claires
à l'orée de nos sources les nuits de pleine lune,
et remplis-les de sourires et du fard de tes caresses
j'arriverai ce soir à la gare de tes songes :
oracles de plénitudes aux ailes d'écume
pour mes rives si vides d'élans et de tendresse...

(...sur l'étang immobile un envol de libellules...)

" Lave le jour de mes appels teintés de mensonges,
échos inutiles sous les paupières de l'aube
qui rougit de transparence au miroir de l'ivresse,
vierge invitée aux mystères ultimes de l'ombre...

(...L'éclair court dans les roseaux ranimés des pénombres...)

" Brûle les ronces mûries aux fenêtres du doute,
elles déchirent la lumière des blés sur tes hanches
où courent infinis les horizons de ta plaine,
échansons d'oiseaux altérés de sèves nuptiales
pour les couchants qui s'apaisent au bord de l'immense...

(...sous les sillons aux caresses un arc-en-ciel qui se cabre...)

" Attends-moi vêtu de midis brodés de cigales
cueillies dans les mûriers où s'est tissée ton enfance,
tu les suspendras avec les grillons des luzernes
aux arbres secrets de ma vallée de l'aurore :
prophètes d'ombres et de harpes aux cordes de vagues
que l'horizon jouera de ses doigts bruis d'or et d'herbes
sur nos grèves mouvantes incendiées par les songes
où l'amour s'abattra dans les nids de l'orage...

(...Les faucons déchirent les rets dans la clairière aux nuages...)

" Pour toi j'ouvrirai ma porte de silences et de brumes
aux préludes solaires des rossignols dans tes rives,
syllabes de coquelicots et de nuages de lune
chantées aux seuils hésitants d'hésitations qui se brisent...

(...Au sommet de l'orage explose un arbre de flammes...)

" Sous l'amandier jailli de tes blés aux fruits d'eau verte
que tu enteras de huppes, d'éclairs et d'écume,
je t'offrirai le pin le plus haut de mes collines,
calice élancé dans les bruyères tièdes de ruches
où la mer a niché ses marées de résine...

Nous en ferons un navire d'encens et de rêves
qui s'en va, voilé des saisons bleuies de présences,
dans une course légère de nos mains et nos lèvres
vers les sommets du désir où pleut le soleil de l'oubli
sur notre estuaire de luzernes, d'aliziers et de frênes
que le vent remplit de légendes, d'étoiles et d'infini...

(...Le berger de l'horizon trait son étoile au bord du couchant...)

" Là je te dirai le chant de ma fontaine aux trois aulnes,
reposoir de lucioles essaimées de ta plaine
dans un cortège d'oiseaux, de lampes et de lunes,
auriges du songe aux confins paisibles des soirs d'été
ou tu m'attendais nimbé des soifs d'un ciel en attente,
symphonie pénétrée de lumière abluée par le vent,
pour boire aux mystères de l'horizon qui s'étend dans les blés...

(...Les alouettes de la plaine pointent vers l'aube...)

" Tu briseras encore les sceaux des rosées sur nos hanche
sous la feuillée d'or et d'ambre des nuits allumées de songes
où monte et s'apaise le vaste soupir de la plaine :
vaisseau des chemins lactés chargé de silences,
ancré à l'infini d'un ciel ivre de genêts
éclos du sourire de nos yeux miroirs de l'immense...

(...L'arbre effeuille ses goélands sur la plage aux solens...)

" Dans la tiède tunique d'une aube enceinte d'orages,
hâte-toi vers les rosées de l'étoile, amer des rencontres,
qui répand la foudre et l'aurore, voluptés des rivages,
j'arriverai ce soir à la gare de tes songes
pour incendier avec toi les collines et la plaine
d'un concert écarlate de gestes de lave
sous le cil baissé d'une lune toute neuve
où le temps se perd dans la sereine éternité du naufrage... "

(...Les oiseaux des clartés courent avec les nuages et l'univers s'embrase de lucioles sous l'arbre aux extases...)

Mai 1987

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